Et si l'air pur n'était pas seulement une question de santé, mais aussi le meilleur placement économique disponible ? C'est la thèse d'un rapport publié à l'occasion de la Journée internationale de l'air pur pour un ciel bleu, mené par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et la Coalition pour le climat et la qualité de l'air (CCAC).
Le calcul est simple à énoncer, moins simple à croire : une action coordonnée contre la pollution atmosphérique et le changement climatique, fondée sur 25 mesures et réformes déjà éprouvées ailleurs, énergies renouvelables, véhicules électriques, combustibles propres pour la cuisine, générerait environ 15 dollars de retombées économiques pour chaque dollar investi.
Les mêmes causes, les mêmes solutions
L'intérêt d'agir sur les deux fronts à la fois tient à une évidence trop longtemps ignorée : le changement climatique et la pollution de l'air sont alimentés par les mêmes secteurs et les mêmes polluants, énergie, industrie, transports, agriculture, cuisine domestique, déchets. Traiter l'un sans l'autre revient à laisser une partie du problème intact.
« Pendant trop longtemps, nous avons considéré l'action climatique comme un coût à gérer et la pollution atmosphérique comme une conséquence inévitable du développement », a déclaré Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. « Ce document démontre le contraire : l'air pur est un moteur essentiel du développement, de la santé, de la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que de la stabilité climatique. »
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a insisté sur l'urgence : « Réduire la pollution atmosphérique protège la santé, stimule la productivité et permet de bâtir des sociétés plus résilientes. »
Des vies, et des milliards
Les chiffres sanitaires donnent la mesure du problème. En 2025, l'exposition à la pollution atmosphérique extérieure, particules fines et ozone en tête, a été associée à 6,4 millions de décès prématurés dans le monde. La pollution de l'air intérieur, elle, en a coûté deux millions de plus, dont environ 300 000 enfants. D'ici 2050, la mise en œuvre complète des 25 mesures pourrait éviter 144 millions de décès prématurés au total.
Sur le plan économique, le rapport évalue les bénéfices annuels à 2,8 % du produit intérieur brut mondial en 2035, 4,5 % en 2050, et 11,4 % en 2100. À titre de comparaison, les subventions aux combustibles fossiles représentaient 2,18 % du PIB mondial en 2022. Même en excluant les gains non marchands, une vie plus longue et en meilleure santé, le retour resterait d'environ 4 dollars pour chaque dollar investi.
« Un rapport coûts-bénéfices de 15 pour 1 attirerait instantanément des capitaux dans presque n'importe quel autre secteur », a fait valoir Elliott Harris, coprésident indépendant de l'évaluation. Chaque année de retard, prévient-il, « coûte au monde plus de 1 500 milliards de dollars en bénéfices que nous ne récupérerons pas ».
Le rapport ne détaille pas, dans les éléments relayés par ONU Info, de chiffres propres à l'Afrique de l'Ouest. Mais le constat général, les mêmes leviers qui protègent le climat protègent aussi la santé publique et les budgets nationaux, vaut sans doute aussi pour des pays qui, comme la Côte d'Ivoire, affrontent déforestation et pollution urbaine sans disposer des mêmes marges budgétaires que les économies les plus riches.







