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RDC : la Cour des comptes déterre un scandale de reboisement fictif au Haut-Katanga

Des hectares censés avoir été replantés qui n'existent que sur le papier : c'est le constat accablant dressé par la Cour des comptes congolaise sur des projets de reboisement financés au Haut-Katanga entre 2021 et 2024. Derrière ce dossier, une institution, le Fonds forestier national, accusée d'avoir englouti l'essentiel de son budget dans son propre fonctionnement.

APAnge Pascal11 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisEnvironnement
Image satellite de la zone forestière frontalière entre l'Angola, le Congo et la RDC, illustrant la déforestation
📷 Illustration : RDC : la Cour des comptes déterre un scandale de reboisement fictif au Haut-Katanga

[Illustration : https://abidjan4all.info/uploads/rdc-reboisement-fictif-haut-katanga-9rqd2c.jpg — Image satellite de la zone forestière frontalière entre l'Angola, le Congo et la RDC. Légende : c'est ce type de couvert forestier, censé être régénéré par les projets audités, que la Cour des comptes n'a pas retrouvé sur le terrain.]

Des coordonnées GPS, des relevés satellite et des visites de terrain : la méthode employée par la Cour des comptes de la République démocratique du Congo pour instruire ce dossier ne laisse guère de place au doute. Sur plusieurs sites du Haut-Katanga censés avoir été reboisés entre 2021 et 2024 grâce à des financements du Fonds forestier national, les auditeurs n'ont trouvé ni jeunes plants en croissance ni parcelles entretenues, mais de la savane naturelle, des terrains à nu ou des pépinières laissées à l'abandon.

Le montant en jeu dépasse 1,3 million de dollars, engagés officiellement pour reboiser environ 750 hectares. Deux cas illustrent particulièrement l'ampleur du problème. Une organisation non gouvernementale a perçu près de 230 000 dollars pour reboiser 24 hectares restés, selon les constats de la Cour, en savane parfaitement intacte. Une fondation basée à Kipushi a, elle, touché 90 000 dollars pour planter 50 hectares de jeunes fruitiers : les auditeurs n'ont retrouvé sur place qu'environ 19 000 plants, livrés à eux-mêmes sans suivi.

Un fonds qui se finance surtout lui-même

Le rapport ne s'arrête pas à ces deux exemples. Il dresse, plus largement, le portrait d'une institution qui a progressivement perdu de vue sa mission. Entre 2021 et 2025, le Fonds forestier national a mobilisé l'équivalent d'environ 40 millions de dollars, soit près de 92 milliards de francs congolais. Sur cette somme, seuls 12 % ont été effectivement consacrés à des opérations de reboisement. Le reste, 88 %, a servi à couvrir des frais de fonctionnement.

La trajectoire est encore plus parlante lorsqu'on la regarde dans le temps : la part du budget réellement investie dans la plantation d'arbres est passée de 27 % en 2022 à seulement 0,11 % en 2025. Une chute que la Cour des comptes n'hésite pas à qualifier sévèrement, décrivant le Fonds comme une structure « d'autoconsommation administrative » plutôt que comme un outil de politique environnementale.

Des sanctions demandées, une crédibilité à reconstruire

Face à ces constats, les magistrats financiers réclament deux mesures concrètes : l'inscription sur liste noire des organisations et structures impliquées dans ces projets fictifs, et le remboursement intégral des fonds détournés de leur objet initial. Une manière, selon eux, de redonner un minimum de crédibilité à un dispositif censé jouer un rôle central dans la lutte contre la déforestation en République démocratique du Congo, pays qui abrite pourtant l'une des plus grandes réserves de forêt tropicale au monde.

L'affaire intervient alors que la province du Haut-Katanga fait déjà l'objet d'un examen renforcé de ses comptes, deux organisations de la société civile ayant réclamé, le même jour, une enquête judiciaire distincte sur la gestion provinciale. Un climat qui, pris dans son ensemble, dessine une région où le contrôle des deniers publics semble s'être longtemps relâché, loin des standards que la Cour des comptes tente aujourd'hui de faire respecter. Reste à voir si les recommandations de blacklistage et de remboursement seront réellement suivies d'effet, ou si ce rapport rejoindra la pile des constats sans suite qui ont déjà marqué la gestion forestière congolaise ces dernières années.

APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Environnement
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