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Après Ouattara, le déluge ? Koné, Mambé, Téné Birahima, Achi… qui pour succéder à ADO en 2030

À 84 ans, Alassane Ouattara boucle la première année d'un quatrième mandat placé sous le signe de la « transmission générationnelle ». Mais personne ne sait à qui elle s'adresse. Dans son camp, on n'ose pas en parler. En face, aucune figure ne s'impose. Dans un éditorial remarqué, Jeune Afrique pose la question qui hante Abidjan. Abidjan4All fait le tour des prétendants, et des risques.

JGJunior Gnapié2 novembre 2026⏱ 7 min de lectureLu 3 foisPolitique
Après Ouattara, le déluge ? Koné, Mambé, Téné Birahima, Achi… qui pour succéder à ADO en 2030
📷 Illustration : Après Ouattara, le déluge ? Koné, Mambé, Téné Birahima, Achi… qui pour succéder à ADO en 2030 © Abidjan4all
« Après moi, le déluge. » La formule, attribuée à Louis XV ou à la marquise de Pompadour, est reprise ce 2 novembre par Marwane Ben Yahmed, directeur de publication de Jeune Afrique, dans un long éditorial consacré à la succession d'Alassane Ouattara. Sa thèse : le président a construit toute sa carrière pour qu'après lui, justement, il n'y ait pas de déluge. Reste à savoir s'il réussira la dernière étape.
Le constat de départ est simple. Le 8 décembre 2025, jour de son investiture, le chef de l'État a placé son nouveau quinquennat sous le sceau de la « transmission générationnelle ». Tout Abidjan a retenu l'expression. Personne ne sait à qui elle s'applique. Alassane Ouattara aura 88 ans au moment de la présidentielle de 2030.

Toutes les pièces sont en place, sauf une

Le décor, lui, est planté. Le RHDP a remporté une majorité écrasante aux législatives du 27 décembre 2025. Patrick Achi a été élu au perchoir le 17 janvier, au détriment d'Adama Bictogo. Robert Beugré Mambé a été reconduit à la primature. Téné Birahima Ouattara a été nommé vice-Premier ministre, tout en gardant la Défense. Le vice-président, Tiémoko Meyliet Koné, pilote le Plan national de développement 2026-2030. « Il ne manque que l'essentiel : le nom du futur roi », résume Jeune Afrique.
Ce silence a une histoire. En mars 2020, Alassane Ouattara avait annoncé qu'il passait la main et désigné Amadou Gon Coulibaly, son double politique. Gon est mort en juillet 2020. Son successeur désigné de fait, Hamed Bakayoko, est mort en mars 2021. Deux héritiers disparus en huit mois. Depuis, la question de l'après-Ouattara est devenue taboue au sommet de l'État.

Les trois hommes du Palais

Le premier, c'est Tiémoko Meyliet Koné, 77 ans. Ancien gouverneur de la BCEAO, loyal, respecté des bailleurs et sans ennemi déclaré. C'est aussi lui que la Constitution désigne pour achever le mandat en cas de vacance du pouvoir. Mais il aura 81 ans en 2030, n'a jamais affronté une élection et n'a aucune base militante. Difficile d'incarner une « transmission générationnelle » dans ces conditions.
Le deuxième, Robert Beugré Mambé, 74 ans. Ingénieur, ancien président de la CEI, longtemps gouverneur du district d'Abidjan, homme du Sud dans un parti dont le cœur bat au Nord. Un exécutant efficace qui ne fait d'ombre à personne. Mais en Côte d'Ivoire, le Premier ministre est d'abord un fusible, et Jeune Afrique le voit davantage en maître d'œuvre de la transition qu'en bénéficiaire.
Le troisième est le plus commenté : Téné Birahima Ouattara, 70 ans, surnommé « Photocopie » pour sa ressemblance avec son aîné. Il tient l'armée, le renseignement et une partie des réseaux financiers du parti. Pour le président, il offre une garantie qu'aucun autre ne donne : que rien ne sera détricoté et que les siens seront protégés. Mais le soupçon dynastique pèse lourd, dans une Afrique qui a vu trop de successions familiales, de Lomé à Libreville. Et cet homme de l'ombre devra se montrer, séduire, convaincre. On fait voter des militants pour un frère. Tout un pays, c'est une autre affaire.

Les outsiders et la génération qui attend

Patrick Achi, 70 ans, est « l'homme qui revient toujours ». Ministre sous Gbagbo comme sous Ouattara, Premier ministre de 2021 à 2023, remercié, parti enseigner à Harvard, rappelé, puis élu au perchoir. Il ne suscite pas de rejet massif, mais manque de base propre. Le perchoir peut être un tremplin ou une voie de garage.
Plus bas dans l'organigramme, des noms circulent : Mamadou Touré, ministre de la Jeunesse, Adama Bictogo, blessé par sa disgrâce de janvier, ou Nialé Kaba, ministre d'État aux Affaires étrangères, qui offrirait au pays une première femme présidente. Mais aucun, selon Jeune Afrique, n'a aujourd'hui de réelle chance de jouer les premiers rôles.

Une opposition éparpillée et sous pression

En face, le paysage est encore plus incertain. Tidjane Thiam aura 68 ans en 2030, bien moins que les dauphins du Palais. Il a le CV, la stature internationale et la filiation houphouëtiste. Mais il dirige le PDCI depuis Paris depuis mars 2025, radié de la liste électorale pour une affaire de nationalité, et réclame des garanties pour rentrer. Son propre frère, Aziz Thiam, vient d'être inculpé par la section antiterroriste d'Abidjan avec d'autres cadres du PDCI et du PPA-CI. On ne conquiert pas la Côte d'Ivoire par visioconférence.
Laurent Gbagbo, gracié mais non amnistié, donc inéligible, aura 85 ans en 2030. Il avait annoncé en octobre 2025 renoncer à toute responsabilité politique, avant d'être réélu par acclamation à la tête du PPA-CI en mai dernier. Plusieurs de ses lieutenants sont aujourd'hui inculpés ou détenus, dont le vice-président Justin Koné Katinan, écroué depuis septembre.
Pascal Affi N'Guessan, 77 ans en 2030, a vu sa candidature à la présidentielle de 2025 rejetée par le Conseil constitutionnel. Son FPI a perdu son aile pro-pouvoir, partie avec Issiaka Sangaré, qui s'apprête à créer son propre parti proche du RHDP. L'ancien Premier ministre s'est repositionné dans une opposition frontale : il dénonce un « verrouillage » des institutions et appelle à l'union. Mais il dirige un parti affaibli par deux scissions en cinq ans.
Simone Ehivet Gbagbo, 81 ans en 2030, a recueilli 2,42 % des voix en 2025. Son Mouvement des générations capables traverse une crise interne, avec plus d'une centaine de départs de cadres en quelques mois. Son poids reste symbolique, celui d'une figure historique de la gauche ivoirienne, plus qu'électoral.
Charles Blé Goudé est l'exception générationnelle. Il n'aura que 58 ans en 2030, plus jeune que tous les dauphins du Palais. Acquitté par la Cour pénale internationale mais condamné en Côte d'Ivoire, il attend toujours d'être réinscrit sur la liste électorale. En attendant, le président du COJEP soigne sa stature panafricaine, de Strasbourg à N'Djamena et jusqu'à Bruxelles, le 31 octobre. Mais un capital de sympathie ne fait pas une machine électorale.
Tiémoko Antoine Assalé, enfin, incarne une autre voie. Ancien journaliste d'investigation, maire de Tiassalé, il a lancé le mouvement ADCI, qui se veut une troisième force entre le RHDP et les partis historiques. Il a perdu son siège de député en décembre 2025 et reste sous contrôle judiciaire depuis mai, poursuivi notamment pour diffusion de fausses nouvelles. Ses charges contre la vie chère et le contrôle des prix du poisson trouvent un écho réel. Il lui reste à transformer cette audience en implantation nationale.
Guillaume Soro, lui, observe depuis l'exil, condamné par contumace. 

Au total, l'opposition ressemble à un archipel : des personnalités fortes, mais aucune capable, pour l'instant, de fédérer les autres. Et plusieurs d'entre elles ont un point commun gênant pour la démocratie ivoirienne : elles sont exclues des listes, exilées ou aux prises avec la justice.

Notre regard : le vrai risque n'est pas l'absence d'héritier

Jeune Afrique conclut sur une note optimiste : après Ouattara, pas de déluge, mais un nouveau chapitre. Nous partageons l'objectif. Nous sommes plus inquiets sur le chemin.
Car le danger n'est pas seulement l'absence de dauphin. C'est la combinaison de trois facteurs. Un parti au pouvoir construit autour d'un seul homme, dont personne ne sait s'il tiendra debout sans sa clé de voûte. Une opposition dont les leaders sont exclus, exilés ou poursuivis devant les tribunaux. Et une succession qui, si elle se fait par désignation dans un cercle restreint, voire en famille, risque de manquer de la seule chose qui protège vraiment un pays : la légitimité.
En soixante-six ans d'indépendance, aucun président ivoirien n'a remis le pouvoir de son vivant et dans la paix à un successeur élu. Houphouët-Boigny n'avait pas préparé sa sortie, et le pays l'a payé pendant deux décennies. Alassane Ouattara a quatre ans pour faire mieux. Cela suppose d'ouvrir la compétition au sein du RHDP, de rendre à l'opposition une place dans le jeu, avec un organe électoral crédible et le retour de ses leaders, et de faire en sorte que la justice ne soit plus perçue comme une arme politique. C'est à ce prix que le dernier grand chantier du président deviendra son plus bel héritage.
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