Elle n'avait pas remis les pieds en France depuis quinze ans. Le 18 septembre, dans les studios parisiens de France 24, Simone Ehivet Gbagbo a répondu sans trop se dérober à des questions qu'elle esquivait jusque-là : son ex-mari, le pardon accordé à ses geôliers d'hier, l'avenir d'un parti en pleine hémorragie de cadres. Un entretien dense, où l'ancienne Première dame livre par petites touches sa lecture du moment politique ivoirien.
Sur Laurent Gbagbo, dont elle a divorcé en juin 2023, le ton se veut apaisé. « Le passé reste le passé. Aujourd'hui, j'estime qu'il faut aller de l'avant », a-t-elle confié. Elle précise ne pas lui avoir parlé directement lors de sa visite au siège du PPA-CI le 1er septembre, préférant lui écrire. Une nuance qui en dit long : la réconciliation affichée reste, pour l'instant, épistolaire plutôt que face à face.
Un pardon qui remonte à Odienné
Le passage le plus frappant de l'entretien concerne son arrestation d'avril 2011. Simone Gbagbo y revient avec des mots crus sur le rôle de la France ce jour-là : « L'armée française était là, et les Français étaient là, avec des caméras, à filmer, ils n'ont pas levé les petits doigts pour aider qui que ce soit parmi nous. » Elle affirme pourtant avoir pardonné, à Alassane Ouattara comme à la France, un pardon écrit noir sur blanc pendant sa détention à Odienné. Deux choses peuvent donc coexister chez elle : le grief maintenu sur les faits et le renoncement à la rancune comme moteur politique.
Elle n'élude pas non plus le sort des militants du PPA-CI actuellement sous mandat, citant nommément Koné Katinan, quatrième vice-président du parti, et Me Habiba Touré, sa porte-parole visée par un mandat d'arrêt. Elle avance le chiffre de 1 500 personnes arrêtées après l'élection présidentielle d'octobre 2025, sans détailler la source de ce décompte. Un chiffre à prendre, à ce stade, comme une estimation politique plutôt qu'un bilan officiel.
Treize sièges, aucun parti
Trois jours avant cet entretien, le 15 septembre, Simone Gbagbo avait déjà exposé sa vision d'une réforme électorale devant l'Observatoire ivoirien des droits de l'Homme. Sa proposition : un Haut Conseil électoral de treize membres, dont onze issus de la société civile, confessions religieuses, chefferie traditionnelle, patronat, syndicats, médias, université, barreau, et deux experts électoraux, mais aucun représentant de parti ni du gouvernement. Les candidats devraient avoir entre 36 et 75 ans, un casier judiciaire vierge et au moins dix ans d'expérience professionnelle. De quoi nourrir, une fois de plus, le débat sur la future architecture censée remplacer la CEI.
Sur son propre score à la présidentielle de 2025, 2,4 % des suffrages, elle ne se dérobe pas davantage : elle reconnaît une « grande déception », sans regretter sa candidature, qu'elle défend comme un acte démocratique. Interrogée sur une éventuelle candidature future, elle reste volontairement évasive.
Cet entretien intervient alors que le MGC traverse sa crise la plus sérieuse depuis sa création, avec plus de cent départs de cadres en trois mois. Le séjour français de sa présidente, officiellement destiné à structurer les représentations européennes du parti, aura au moins permis de clarifier une chose : sur le fond, Simone Gbagbo ne renie rien de son passé, mais refuse d'en faire une ligne de conduite pour la suite.







