Deux ressortissants chinois qui avaient plaidé coupable ont été condamnés à 30 mois de prison chacun, suivis de trois ans de liberté surveillée, dans une affaire d'espionnage au profit de la Chine visant des militaires américains. Le Département américain de la Justice a annoncé la décision vendredi 30 octobre. Selon Al Jazeera, le communiqué ne précise pas quel tribunal a prononcé la peine.
Les condamnés et les chefs d'accusation
Les deux hommes sont Liren « Ryan » Lai, 40 ans, et Yuance Chen, 39 ans. Ils étaient poursuivis pour complot en vue d'agir comme agents d'un gouvernement étranger sans en avoir informé le procureur général, et pour avoir effectivement agi de la sorte. Ces infractions relèvent d'une loi fédérale qui prévoit jusqu'à dix ans de prison et 250 000 dollars d'amende, selon le communiqué du Département de la Justice de juillet 2025. Les deux hommes ont reconnu les faits devant le tribunal.
Ils avaient été arrêtés en juin 2025. Dans son communiqué du 1er juillet 2025, le ministère indiquait que le FBI les avait interpellés le 27 juin à Happy Valley, dans l'Oregon, et à Houston, au Texas, sur la base d'une plainte pénale émanant du district nord de Californie. À l'époque, le texte rappelait qu'une plainte pénale n'est qu'une allégation et que les personnes poursuivies sont présumées innocentes.
Ce que les autorités leur reprochent
D'après les pièces de procédure citées par Al Jazeera, les deux hommes agissaient pour le ministère chinois de la Sécurité d'État au plus tard depuis mai 2021. Liren Lai, entré aux États-Unis avec un visa touristique, a recruté Yuance Chen, résident permanent. Lai a d'abord servi d'intermédiaire, avant que Chen reçoive ses ordres directement de son officier traitant.
Le dossier décrit des paiements remis par « boîte aux lettres morte » : de l'argent liquide déposé en un lieu convenu pour que quelqu'un d'autre le récupère. Selon Al Jazeera, un premier versement de 10 000 dollars a été organisé en mai 2022, puis un second de 20 000 dollars, soit au moins 30 000 dollars au total. Le communiqué de 2025 situait en revanche un premier dépôt d'au moins 10 000 dollars en janvier 2022, dans une consigne de Livermore, en Californie. Cet écart de date entre les deux sources n'est pas expliqué dans les textes consultés.
Les enquêteurs affirment aussi que les hommes ont recueilli des renseignements : photographies d'une installation navale, de recrues et de marins en service. Yuance Chen aurait réuni des informations personnelles sur un employé de la marine américaine et tenu des dossiers biographiques détaillés sur des militaires susceptibles d'être ciblés. Le Département de la Justice n'a pas précisé combien de paiements ont été effectués ni combien de personnes ont réellement été recrutées aux États-Unis.
Le ton des autorités américaines
John Eisenberg, procureur général adjoint chargé de la sécurité nationale, a qualifié le dispositif de « de longue durée », « étendu » et « effronté », d'après Al Jazeera. En juillet 2025, la procureure générale Pamela Bondi parlait d'un effort « soutenu et agressif » de la Chine pour infiltrer l'armée américaine.
Un dossier dans un climat de méfiance mutuelle
Al Jazeera rappelle qu'à la fin d'août, Donald Trump a dit savoir que la Chine espionnait les États-Unis, en ajoutant : « nous les espionnons aussi ». En juin, Pékin avait annoncé l'arrestation d'un citoyen américain soupçonné d'espionnage, au lendemain d'informations de presse sur la détention d'un universitaire à double nationalité américaine et birmane, Min Zin. L'article ne dit pas si les deux affaires sont liées. Dans les textes consultés, la Chine n'a pas réagi à cette condamnation.
Pourquoi cela compte
Ce jugement est de portée limitée : deux hommes, trente mois de prison, des sommes modestes. Il montre néanmoins la forme que prend la rivalité entre Washington et Pékin au quotidien, loin des droits de douane et des sommets : des recrutements ciblés autour de bases et de centres de recrutement de la marine. Pour les lecteurs, c'est un rappel que cette compétition se joue aussi sur le terrain du renseignement, et que chaque camp accuse l'autre de pratiques que, parfois, il admet lui-même. La suite dépendra de la réponse éventuelle de la Chine et de l'évolution des relations entre les deux capitales.









