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Pôle pénal économique et financier : le scandale qui tombe le jour où la Côte d'Ivoire sort de la liste grise

Le 30 octobre, le GAFI retirait la Côte d'Ivoire de sa liste grise. Le même jour, Jeune Afrique révélait un réseau présumé de corruption au cœur du Pôle pénal économique et financier, sur la foi d'éléments venus du FBI. Le ministre de la Justice dément. Mais le mal est fait, et c'est toute la crédibilité de la lutte anti-blanchiment qui se retrouve sur la sellette.

APAnge Pascal31 octobre 2026⏱ 3 min de lectureLu 6 foisPolitique
Pôle pénal économique et financier, le scandale qui tombe le jour où la Côte d'Ivoire sort de la liste grise
📷 Illustration : Pôle pénal économique et financier, le scandale qui tombe le jour où la Côte d'Ivoire sort de la liste grise © Abidjan4all
Il y a des coïncidences qui font mal. Jeudi 30 octobre, à Paris, la plénière du Groupe d'action financière (GAFI) retirait la Côte d'Ivoire de sa liste des pays sous surveillance renforcée, où elle figurait depuis octobre 2024. Deux ans d'efforts, de lois votées, de procès médiatisés et de pression sur les banques venaient de payer. Quelques heures plus tard, Jeune Afrique publiait un article au titre lourd de sens : « Au pôle pénal économique et financier, coulisses d'un vaste coup de filet ».
Le récit est explosif. Alertés par le FBI, après des escroqueries visant des citoyens américains, des enquêteurs auraient mis au jour un réseau qui monnayait des condamnations et des remises en liberté au sein même du PPEF. Un « indic » bien connu du tribunal aurait été écroué le 27 octobre. Trois comptes bancaires à Dubaï, Genève et l'île Maurice auraient été identifiés. Un coffre-fort rempli de documents compromettants aurait été saisi dans une clinique huppée de Cocody. Un juge d'instruction devrait être entendu.

Un démenti qui laisse des trous

La réponse du gouvernement est arrivée le lendemain. Dans un communiqué, le garde des Sceaux, Jean Sansan Kambilé, « réfute fermement » des affirmations « sans fondement ». Aucun service américain n'aurait saisi la Côte d'Ivoire, et aucune enquête de la gendarmerie ne viserait le PPEF. La présence du FBI s'expliquerait par une task force conjointe contre la sextorsion et le blanchiment, qui a déjà permis de lourdes condamnations.
Le démenti est ferme sur le cadre. Il est muet sur le fond. Rien sur l'interpellation du 27 octobre. Rien sur la perquisition de Cocody, les comptes offshore ou le magistrat à entendre. Le ministre dément une enquête de la gendarmerie, sans dire si une autre procédure existe. Dans une affaire de cette gravité, ce qu'on ne dément pas pèse presque autant que ce qu'on dément.
On peut comprendre le réflexe. Le jour même de la sortie de la liste grise, admettre que la juridiction phare de la lutte contre la criminalité financière est peut-être elle-même corrompue aurait été un désaveu cinglant. Mais nier en bloc sans répondre point par point, c'est prendre le risque inverse : que chaque nouvelle fuite vienne contredire la parole officielle.

Le PPEF, vitrine de la stratégie ivoirienne

Pour mesurer l'enjeu, il faut se rappeler ce que représente ce pôle. C'est lui qui a jugé les « brouteurs », les arnaqueurs en ligne qui ont fait de la Côte d'Ivoire une plaque tournante de la cyberescroquerie. C'est lui qui a traité les dossiers de blanchiment brandis devant le GAFI comme preuves de bonne volonté, jusqu'aux procès très suivis d'influenceurs poursuivis pour blanchiment et paris illicites. Le gouvernement vient même d'adopter un projet de loi qui renforce la répression et crée une cour d'appel spécialisée.
Toute cette architecture repose sur une idée simple : la justice financière ivoirienne est désormais fiable. Si des condamnations s'achetaient et des libertés provisoires se négociaient dans ses couloirs, ce serait le socle même de la sortie de la liste grise qui serait fragilisé. Le GAFI n'a pas l'habitude de revenir sur ses décisions du jour au lendemain. Mais les banques correspondantes, les investisseurs et les partenaires américains, eux, lisent la presse.

Ce qu'il faudrait faire

La meilleure réponse à une accusation de corruption n'est pas un communiqué, c'est une procédure transparente. Le parquet pourrait dire publiquement si une personne a été écrouée le 27 octobre, pour quels faits, et si un magistrat doit être entendu. L'Inspection générale des services judiciaires pourrait ouvrir une mission au PPEF, ne serait-ce que pour blanchir l'institution. Les Américains, présents dans les murs, pourraient être associés à cette vérification.
Il y a aussi une question de cohérence. La justice ivoirienne se montre ces dernières semaines d'une grande célérité contre les cadres de l'opposition, poursuivis devant la section antiterroriste. On attend d'elle la même diligence lorsque les soupçons visent ses propres rangs. Une justice qui enquête sur elle-même gagne en autorité. Une justice qui s'en dispense nourrit le soupçon.
La Côte d'Ivoire vient de gagner une bataille d'image. Elle peut la perdre très vite si l'affaire du PPEF est traitée comme un simple problème de communication.
APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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