Le plus petit pays continental d'Afrique traverse l'une des crises les plus sérieuses de la présidence d'Adama Barrow. Depuis le début du mois, la société nationale d'électricité NAWEC impose des délestages qui dépassent largement ce à quoi les Gambiens étaient habitués : certains quartiers de Serrekunda, la plus grande agglomération du pays, sont restés privés de courant plus de seize heures d'affilée, d'autres secteurs jusqu'à 48 heures.
NAWEC met en cause une combinaison de facteurs : une chaleur extrême qui a fait grimper la demande de climatisation, un réseau vieillissant qui n'a pas suivi cette hausse, et le renchérissement du carburant importé nécessaire aux centrales thermiques, sur fond de tensions géopolitiques internationales. Des explications qui n'ont pas suffi à calmer une population excédée.
Des nuits de tension à Banjul
Lundi soir, plusieurs quartiers de l'agglomération du Grand Banjul, Serrekunda, Brufut, Brusubi, ont connu des scènes de tension : pneus brûlés, routes bloquées, bougies allumées en signe de protestation symbolique devant le siège de NAWEC et à proximité de la State House, la résidence présidentielle. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les rassemblements. Un décès aurait eu lieu pendant une opération chirurgicale interrompue par une coupure de courant, selon un témoignage qui n'a pas été confirmé de façon indépendante à ce stade.
Face à l'ampleur de la contestation, le président Barrow a déclaré l'approvisionnement électrique « urgence nationale ». Il a promis la mise en service d'une unité de production supplémentaire de 24 mégawatts d'ici la fin octobre, puis l'installation d'une centrale solaire de 50 mégawatts. Des chiffres à mettre en perspective : la demande totale du réseau gambien ne dépasse, au total, que quelques dizaines de mégawatts, ce qui donne la mesure du déficit actuel.
Une contestation à haute portée électorale
Le Gambia Action Party, principal parti d'opposition, a menacé de maintenir une mobilisation pacifique tant que la situation ne s'améliorera pas concrètement. Les autorités ont, de leur côté, restreint les manifestations non autorisées, une décision qui alimente les accusations d'un pouvoir sur la défensive.
Le calendrier n'arrange rien à l'affaire politique. La Gambie doit élire son président en décembre, et Adama Barrow, arrivé au pouvoir en 2016 après avoir mis fin à vingt-deux ans de règne d'Yahya Jammeh, brigue cette fois un troisième mandat que ses opposants jugent contraire à l'esprit des réformes constitutionnelles promises après la chute de l'ancien dictateur. Dans ce contexte déjà tendu, chaque coupure de courant devient un argument de campagne pour une opposition qui n'attendait, en somme, qu'une occasion de mobiliser au-delà de son socle habituel.
Reste à savoir si les mégawatts promis pour octobre arriveront à temps pour calmer la rue, ou si la crise électrique gambienne restera, jusqu'au scrutin de décembre, le symbole d'un pouvoir à bout de souffle sur les questions les plus concrètes du quotidien.







