Le thème retenu pour cette deuxième édition de la Conférence nationale sur l'intelligence artificielle donnait le ton : « De la vision aux cas d'usage : structurer l'IA nationale pour résoudre nos défis prioritaires ». Trois jours durant, du 9 au 11 septembre, les échanges à Abidjan ont mêlé responsables ministériels, patronat et acteurs du numérique autour d'une même question, plus pragmatique qu'elle n'y paraît : comment sortir l'intelligence artificielle des discours pour l'ancrer dans le quotidien des administrations et des entreprises ivoiriennes.
La rencontre s'est achevée par la signature d'une Déclaration de politique IA nationale, sous le haut patronage du Premier ministre Robert Beugré Mambé et sous la présidence du vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara. Un second texte, plus resserré, a réuni cette fois le ministère de la Transition numérique, la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI) et la Chambre de commerce et d'industrie : une alliance État-secteur privé qui n'avait, jusqu'ici, jamais été formalisée sur ce terrain précis.
Cinq priorités, une feuille de route à budgétiser
Le pacte fixe cinq axes de travail : développer des cas d'usage à fort impact, bâtir les infrastructures nécessaires, former les talents, dynamiser la recherche et poser un cadre éthique. Cinq secteurs prioritaires ont par ailleurs été identifiés pour les premiers déploiements concrets : l'administration publique, l'agriculture, la santé, l'éducation et le secteur privé, avec la promesse d'une feuille de route budgétisée pour chacun.
« « Notre ambition est de faire de l'intelligence artificielle un instrument de développement au service des Ivoiriens », a résumé le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, qui a aussi dit vouloir « accélérer l'adoption » de ces technologies dans les entreprises. »
Le Premier ministre, lui, a été plus direct encore en exigeant des retombées « directement exploitables ». Une manière à peine voilée de couper court aux sommets qui se terminent en promesses sans lendemain. Le secteur privé a d'ailleurs pris la parole pour insister sur l'urgence : selon un intervenant cité par plusieurs médias économiques, l'IA « n'est pas juste un sujet technique, c'est un sujet de direction générale », un dossier qui concerne désormais les comités exécutifs autant que les directions informatiques.
Mistral AI et Aivancity déjà dans la boucle
Les organisateurs avaient profité du sommet pour officialiser des partenariats avec la start-up française Mistral AI et l'école Aivancity, censés appuyer la formation des talents locaux et le développement de solutions souveraines. Deux nanosatellites en préparation pour l'agriculture de précision et la météorologie, présentés par ailleurs cette semaine au Sommet international de l'espace à Paris, montrent que l'ambition technologique ivoirienne ne se limite pas à l'IA générative.
Reste maintenant l'étape la plus délicate : transformer ces engagements écrits en projets mesurables. La Côte d'Ivoire n'est pas la seule à s'y essayer sur le continent. Le Kenya vient par exemple de nouer un partenariat avec la Corée du Sud pour créer son propre hub IA, mais Abidjan mise sur la vitesse d'exécution pour prendre une longueur d'avance régionale.







