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Koumassi Campement : le procureur d'Abidjan met en cause le gouverneur et un député

Trois mois après les démolitions qui ont rasé plus de six hectares à Koumassi Campement, le procureur Koné Braman Oumar a détaillé, mercredi, l'état de l'enquête. Il n'écarte plus la responsabilité du gouverneur d'Abidjan devant la Haute Cour de justice, et vise un député accusé d'avoir financé l'opération.

APAnge Pascal17 septembre 20263 min de lectureLu 3 foisPolitique
Déguerpissements à Koumassi
📷 Illustration : Déguerpissement à Koumassi-campement © Abidjan4all
Le 3 juin, des bulldozers ont rasé plus de six hectares au quartier Campement, à Koumassi. Deux cent cinquante lots répartis sur sept îlots, des titres de propriété en règle pour certains occupants, une opération menée sans jugement d'expulsion pour la majorité des parcelles. Trois mois plus tard, mercredi 16 septembre, le procureur de la République Koné Braman Oumar a réuni la presse pour dire où en est l'enquête ouverte le 10 juin. Ce qu'il a annoncé dépasse la seule démolition : la responsabilité du ministre-gouverneur du district autonome d'Abidjan, Ibrahima Cissé Bacongo, est désormais posée comme une question judiciaire, pas seulement politique.

Un plan ORSEC contesté

Le gouverneur avait justifié l'opération par le plan ORSEC, invoqué pour libérer les emprises et démolir les installations irrégulières. Le procureur ne conteste pas frontalement cette version, mais il en fait une question à trancher par l'instruction : est-ce que ce qui a été opéré à Koumassi Campement répond aux exigences de la mise en œuvre d'un tel plan ? Il a été clair sur la suite :

« Il faudra que l'instruction qui est en cours arrive à situer son implication réelle. »

Et sur ce que cela signifierait si la réponse était positive : « S'il est établi que le ministre-gouverneur est impliqué dans les faits poursuivis, alors sa responsabilité sera engagée devant la Haute Cour de justice. » L'article 158 de la Constitution ivoirienne réserve cette juridiction aux membres du gouvernement pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions ; un gouverneur de district y est assimilé.
Sur le terrain, un homme a payé le prix fort de l'opération : Alloui Brou Jacques, interpellé le 18 juin puis placé sous mandat de dépôt le 29 juin, à l'ouverture d'une information judiciaire. Il avait affirmé sur les réseaux sociaux agir en vertu d'une décision de justice. Le procureur a démonté cette défense : « Les vérifications ont démontré que le document invoqué n'autorisait, en aucun cas, la destruction de constructions. » Le tribunal, en réalité, n'avait autorisé que le déguerpissement, sans démolition, de cinq habitations sur l'ensemble du site.

Un financement documenté

Reste la question de savoir qui a rendu l'opération possible. Le procureur a mis en cause un élu qu'il présente comme le principal artisan du financement et de la coordination de l'opération : le député de Gouméré-Tabagne. Un prêt de 7 millions de francs CFA consenti en 2024 à Alloui Brou Jacques a été documenté par l'enquête. Une requête a été transmise pour lever l'immunité parlementaire du député et permettre des poursuites à son encontre, une étape qui, si elle aboutit, ferait de cette affaire l'un des rares dossiers ivoiriens récents à mettre en cause directement un parlementaire en exercice.

Une même audience, deux dossiers sensibles

Le procureur a profité de cette conférence de presse pour évoquer un autre dossier, sans lien direct avec Koumassi mais tout aussi sensible : un mandat d'arrêt visant Me Habiba Touré, avocate et porte-parole du PPA-CI, le parti de Laurent Gbagbo. « J'ai engagé des poursuites et même un mandat d'arrêt contre Me Habiba Touré pour son implication aux événements d'octobre 2025 », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « Vous croyez que le jour où elle va arriver, je vais la laisser ? » Une allusion à la contestation du processus électoral et aux appels au boycott de la présidentielle d'octobre 2025. Selon des informations non recoupées par ailleurs, l'avocate résiderait actuellement en Europe.
Toutes les personnes citées dans ces deux dossiers demeurent présumées innocentes tant qu'aucune décision de justice définitive n'a été rendue. L'instruction sur Koumassi Campement se poursuit ; aucune date n'a été avancée pour son achèvement.
APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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