La Haute Autorité de la Communication (HAC) de Guinée a annoncé, jeudi 17 septembre, l'interdiction « avec effet immédiat » de la diffusion de France 24 sur tout le territoire national. La sanction intervient au terme d'une escalade de 48 heures, déclenchée par une phrase prononcée à l'antenne.
Un mot, une mise en demeure
Le 15 septembre, un présentateur de France 24 a qualifié le président guinéen Mamadi Doumbouya de « président putschiste » au cours d'une édition. Dès le lendemain, la HAC a mis en demeure la chaîne pour ce qu'elle a qualifié de « qualificatif inapproprié pour désigner le chef de l'État », évoquant un « manquement grave aux règles de déontologie », selon la décision signée par le président de l'institution, Boubacar Yacine Diallo. Dans son texte, la HAC accuse la chaîne d'avoir « sciemment choisi d'ignorer la légitimité issue des urnes » en qualifiant ainsi « un Président de la République démocratiquement élu », référence à l'élection présidentielle de décembre 2025 à l'issue de laquelle Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d'État en septembre 2021, a été élu chef de l'État.
France 24 a reconnu avoir « qualifié par erreur » le président de « président putschiste » et annoncé vouloir « présenter ses excuses et rectifier cette erreur à l'antenne ». Cette reconnaissance n'a pas suffi. La HAC a maintenu que la chaîne avait « refusé manifestement d'appliquer ses injonctions » et, jeudi matin, le passage litigieux restait toujours visible sur le site internet de France 24 malgré l'annonce de correction, un décalage que la chaîne n'a pas expliqué publiquement.
Accréditations retirées, signal coupé
Au-delà de l'interdiction de diffusion, la HAC est allée plus loin : elle ordonne le retrait des accréditations des collaborateurs de France 24 en Guinée, demande à l'Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) de bloquer les accès numériques de la chaîne, et enjoint à Canal+ Guinée de couper son signal. Le régulateur a par ailleurs retiré, dans la même période, l'accréditation du correspondant de Jeune Afrique à Conakry, invoquant des « manquements professionnels » sans détailler les articles en cause.
Un cinquième pays du champ France 24 en Afrique de l'Ouest
Cette interdiction place la Guinée aux côtés du Mali, du Burkina Faso et du Niger, où France 24 est déjà bannie, ainsi que du Togo, où sa diffusion reste suspendue depuis 2025 sans avoir été rétablie. La chaîne française perd ainsi l'essentiel de son audience directe dans le bloc sahélien et ses marges immédiates, une zone où les régimes issus de coups d'État ou de contestations électorales ont, ces dernières années, systématiquement rompu avec les médias audiovisuels français accusés de partialité.
La chronologie exacte de la phrase incriminée reste disputée sur un point mineur, certaines sources la situant le 14 septembre plutôt que le 15, sans que cela change la nature de la sanction ni son calendrier, fixé par la HAC elle-même. Ni France 24 ni le gouvernement français n'avaient réagi publiquement à l'interdiction au moment de la publication de cet article.







