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« Le blanchiment de capitaux, tu connais ? » : un commentaire Facebook envoie un jeune leader du Guémon en prison

Judicaël Fahé, coordinateur régional d'un réseau de jeunes leaders dans le Guémon, a été placé en garde à vue puis détenu après une plainte pour diffamation du ministre Célestin Serey Doh, président du conseil régional. En cause : un commentaire de six mots sous une vidéo Facebook. Ses proches dénoncent un abus de pouvoir. L'entourage du ministre renvoie à la justice. L'affaire relance le débat sur la liberté d'expression en ligne.

MBMadouce Boniking5 novembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 1 foisPolitique
Affaire Serey Do, Le blanchiment de capitaux, tu connais ?
📷 Illustration : Affaire Serey Do, "Le blanchiment de capitaux, tu connais ?" © Abidjan4all
Six mots. « Blanchiment de capitaux, tu connais ? » C'est le commentaire que Judicaël Fahé a posté sous une vidéo Facebook, il y a une quinzaine de jours. Il vaut aujourd'hui à ce jeune homme d'être poursuivi pour diffamation, à la suite d'une plainte du ministre Célestin Serey Doh, homme fort du Guémon et président du conseil régional.
Judicaël Fahé n'est pas un inconnu dans la région. Coordinateur régional du Réseau ivoirien des leaders (RIL) dans le Guémon, ancien secrétaire général de la jeunesse communale de Duékoué, il est une voix écoutée chez les jeunes de la zone.

Une vidéo, un commentaire, une plainte

Selon Connectionivoirienne et Linfodrome, tout part d'une vidéo publiée par Douhou Benjamin, présenté comme un communicateur du ministre. Il y remercie Célestin Serey Doh pour le don d'un véhicule 4x4. Judicaël Fahé y répond par sa question lapidaire. Ses proches assurent qu'il réagissait à des provocations et qu'il ne visait aucune personnalité nommément. Certains observateurs locaux y ont vu une pique adressée au communicateur, d'autres une insinuation visant le ministre.
Le lundi 26 octobre, informé de la colère du ministre, le jeune homme aurait tenté d'apaiser la situation et lui aurait envoyé des excuses par WhatsApp, restées sans réponse. Le lendemain, convoqué à la brigade de gendarmerie de Duékoué, il s'est vu notifier une plainte pour diffamation et a été placé en garde à vue vers 21 heures. Selon ses proches, une première démarche auprès du commissariat de police de Duékoué n'avait pas abouti avant que la gendarmerie ne soit saisie. Il est aujourd'hui détenu à la maison d'arrêt de Guiglo, où un procès en procédure accélérée était annoncé pour le mardi 3 novembre.

Ce que dit chaque partie

Les proches de Judicaël Fahé dénoncent un abus de pouvoir et une détention disproportionnée pour un simple commentaire. Ils alertent l'opinion nationale et internationale et réclament une procédure équitable.
Du côté du conseil régional du Guémon, le directeur de la communication, Alain Séabé, a refusé de commenter l'affaire, invoquant la procédure judiciaire en cours devant le procureur de Guiglo. Il a indiqué que la presse serait informée lorsqu'une déclaration officielle serait programmée. Porter plainte est un droit pour tout citoyen, ministre compris, et le jeune homme reste présumé innocent jusqu'à une décision de justice.

La prison pour un commentaire ?

L'affaire soulève plusieurs questions. Une question posée sans nommer personne peut-elle constituer une diffamation, qui suppose l'imputation d'un fait précis portant atteinte à l'honneur d'une personne identifiable ? La détention provisoire était-elle nécessaire pour un jeune homme connu, qui s'était présenté de lui-même aux gendarmes ? Et quel rôle a joué la position de la personne qui portait plainte ?
Elle s'inscrit surtout dans un climat plus large. En Côte d'Ivoire, la loi sur la cybercriminalité et les poursuites pour diffusion de fausses nouvelles ou diffamation en ligne se multiplient, visant journalistes, opposants, activistes ou simples internautes. Le Barreau vient d'ailleurs de mettre en garde, lors de la rentrée judiciaire, contre une lecture trop large des propos tenus sur les réseaux sociaux.

Notre regard

On peut juger le commentaire de Judicaël Fahé maladroit, voire insinuant. Mais la réponse à une phrase sur Facebook ne devrait pas être la prison. Un droit de réponse, une mise au point publique ou, à la rigueur, une procédure sans détention auraient suffi. Quand un responsable public obtient l'incarcération d'un jeune de sa région pour six mots, le message envoyé est celui de l'intimidation, que ce soit l'intention ou non.
Le procès de Guiglo dira si les faits sont constitués. Quelle que soit l'issue, la proportionnalité de la réponse pénale mérite d'être débattue. Dans le Guémon comme ailleurs, la liberté de critiquer, y compris maladroitement, fait partie de la démocratie.
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