Au moins 34 civils tués dans sept localités du centre et du nord du Mali entre juin 2023 et décembre 2025 : c'est le bilan que documente Amnesty International dans un rapport publié à la fin de septembre, intitulé « Nul n'est épargné ». L'organisation affirme disposer de « preuves concluantes » de crimes de guerre commis lors d'opérations conjointes de l'armée malienne (FAMa) et de membres du groupe paramilitaire russe Wagner, selon Africactu. France 24 parle de « meurtres et d'actes de torture » contre des civils. Les sources donnent le 28 septembre (Africactu) ou le 29 (Armees.com) comme date de publication.
Sept localités, trois régions
Les faits se situent dans les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou. Amnesty dit avoir recueilli des témoignages de victimes, de proches et de témoins pour reconstituer les opérations. Africactu rapporte que des civils peuls, arabes et touareg figurent parmi les personnes visées. Armees.com précise que la majorité des victimes appartiennent à ces communautés.
Selon l'ONG, certaines personnes ont été tuées pendant les interventions, d'autres sont mortes après avoir été arrêtées et torturées. Africactu cite des passages à tabac, des décharges électriques et des simulations de noyade. Armees.com ajoute, sans que le fait soit confirmé ailleurs dans nos sources, que des actes de torture ont été rapportés dans les bases de Léré et de Nampala, où 15 hommes auraient survécu et cinq seraient morts des suites de mauvais traitements.
Des frappes de drones aussi
Le même site rapporte deux modes opératoires : des exécutions extrajudiciaires lors de patrouilles, et des frappes aériennes non discriminées. Il cite l'opération conjointe de Tin Adanda, le 12 février 2025, qui aurait coûté la vie à quatre civils, et deux frappes de drones de l'armée malienne à Ejdeir et à Tangata, qui auraient fait 23 morts dont cinq enfants, sans preuve de présence de combattants ennemis. Ces éléments ne figurent que dans Armees.com : ils sont à prendre avec prudence tant que le rapport n'a pas été consulté.
Un témoin de Ségou, réfugié en Mauritanie, est cité par le même site : « Dans leur mentalité, tous les pasteurs sont des terroristes. » Africactu reproduit un autre témoignage, celui d'un éleveur qui a fui le Mali : son village aurait d'abord subi les exigences de groupes jihadistes avant d'être accusé par l'armée et Wagner de collaborer avec eux. « Aujourd'hui, on n'a plus rien », racontait-il.
Wagner, Africa Corps : la question du statut
Les deux sources ne racontent pas la même histoire sur la suite. Wagner était présent au Mali depuis la fin de 2021 et a quitté officiellement le pays en juin 2025, d'après Africactu. Le groupe a été remplacé par Africa Corps, une structure placée sous le contrôle du ministère russe de la Défense. Pour Africactu, Africa Corps n'est pas simplement un nouveau nom donné à Wagner : c'est une organisation différente, au lien plus direct avec l'État russe. Armees.com, lui, écrit que les paramilitaires russes ont été « renommés » Africa Corps depuis 2025. Le désaccord compte, car il détermine qui répond des faits actuels : Africactu souligne que le rapport porte essentiellement sur les FAMa et le personnel de Wagner présent au moment des opérations.
Responsabilités et suites
Marceau Sivieude, directeur régional d'Amnesty pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, demande, selon Armees.com : « Les autorités maliennes doivent ouvrir des enquêtes impartiales sur ces graves allégations. » Le site ajoute qu'en avril 2026 trois organisations de la société civile, dont la FIDH, ont saisi la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. Amnesty rappelle aussi, d'après Africactu, que les groupes armés non étatiques, notamment le GSIM et l'État islamique au Sahel, commettent eux aussi de graves violations contre les civils.
Aucun des textes lus ne rapporte de réaction des autorités maliennes ou russes au rapport. Ce silence est une information en soi : tant qu'il dure, la version d'Amnesty reste la seule sur la table, avec ses réserves d'ONG qui n'a pas d'accès libre au terrain. Reste que 34 morts documentés dans sept localités, avec des témoignages concordants sur les communautés visées, posent une question que Bamako et ses partenaires russes devront finir par affronter.







