La lettre tient en quelques lignes, publiée sur la page Facebook de son auteur. «Dans l'intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants et du Peuple du Changement en général, j'ai décidé de démissionner des fonctions de président», écrit Maurice Kamto, mardi 8 septembre, à l'adresse du directoire national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. La décision, précise-t-il, «prend effet à compter de ce jour».
L'ancien candidat à la présidentielle de 2018, écarté de celle de 2025, met ainsi fin à treize années passées à la tête d'un parti qu'il a fondé en 2012. Quelques minutes plus tard, son fidèle lieutenant Mamadou Mota lui emboîte le pas et annonce sa propre démission du poste de premier vice-président.
«Un sujet de focalisation» retiré au régime
Joint par téléphone par RFI, Mamadou Mota justifie son départ par «le harcèlement constant de l'administration camerounaise». Il ne quitte pas le parti pour autant : il dit vouloir le priver d'une cible commode. «En me retirant de mes fonctions, je prive le régime d'un sujet de focalisation pour permettre au parti de poursuivre ses objectifs», explique-t-il.
Sa description de l'ambiance politique ne laisse guère de place au doute sur ce qui a précipité la décision. «L'atmosphère devient invivable et il y a cette fixation sur le président Kamto, cette fixation sur ma personne. Moi, je ne voulais pas servir d'instrument au ministre de l'Administration pour opposer toutes les fois une procédure folle à l'endroit d'un parti politique qui ne cherche qu'à exercer son devoir», confie-t-il.
Un parti que l'État ne reconnaît plus dans ses statuts
Le retrait des deux hommes prolonge un bras de fer plus ancien. Depuis plusieurs mois, le ministère de l'Administration territoriale, dirigé par Paul Atanga Nji, ne reconnaît plus Maurice Kamto comme président légal du MRC. Selon KOACI, ce ministère considère qu'après son investiture comme candidat à la présidentielle d'octobre 2025, Kamto ne figure plus, dans les registres officiels de l'administration, comme président du parti, par suite de contentieux internes et de congrès contestés.
Fin août, dans une correspondance adressée à l'ex-militant Okala Ebode, le ministre Atanga Nji avait écrit ne pas juger «opportun de prendre acte de la convention» de décembre dernier, qui avait pourtant consacré la réélection de Kamto à la tête du MRC. Une manière, pour les deux dirigeants démissionnaires, de voir planer la menace d'une invalidation pure et simple de leur parti.
Tiriane Noah prend l'intérim
Les deux hommes ne quittent pas le MRC : ils se retirent de leurs fonctions dirigeantes jusqu'à une convention extraordinaire dont la date n'est pas encore fixée. D'ici là, c'est Tiriane Noah, autre vice-présidente du parti, qui prend la tête du mouvement.
De l'avis des observateurs cités par RFI, ce double retrait a créé la surprise. Il intervient à un moment sensible pour le MRC, qui a les yeux tournés vers les prochaines échéances électorales : les législatives et les municipales prévues au Cameroun début 2027. Aucune indication n'a pour l'heure été donnée sur d'éventuels successeurs à la présidence du parti, ni sur le calendrier précis de la convention qui devra acter la nouvelle direction.







