Une nuit de combats intenses à Niamey : c'est ce qu'il a fallu, samedi dernier, pour que les forces loyalistes nigériennes reprennent le contrôle de la base aérienne 101, à l'aéroport international Diori Hamani, après sa prise par des soldats mutins. Pour y parvenir, la junte au pouvoir s'est tournée vers un partenaire dont elle dépend de plus en plus : le Corps africain de la Russie.
Contrairement à Wagner, son prédécesseur, l'Africa Corps est directement placé sous le contrôle du ministère de la Défense à Moscou. Il fournit un appui au combat et une formation militaire, et compterait entre 200 et 300 hommes au Niger. L'ambassadeur de Russie à Niamey, Viktor Voropaev, a publiquement reconnu l'intervention du week-end, affirmant que les forces de son pays avaient aidé à « réprimer une mutinerie ».
Une victoire « symbolique », mais qui compte
« Cela est considéré comme une victoire symbolique », analyse Beverly Ochieng, analyste senior chez Control Risks, citée par BBC Afrique. Une victoire « qui continuera à les placer au centre non seulement de la campagne de contre-insurrection, mais aussi de la protection et du maintien du régime militaire ».
Cette mutinerie déjouée constitue, selon BBC Afrique, la preuve la plus évidente à ce jour que le rôle de l'Africa Corps au Sahel dépasse sa mission officielle, celle d'aider les gouvernements à lutter contre les insurrections djihadistes. En janvier déjà, les mêmes forces russes avaient joué un rôle clé dans la répression d'une attaque contre ce même aéroport. « Nous avons vu des vidéos montrant des djihadistes se promenant dans l'aéroport pratiquement sans aucune entrave », rappelle Jacob Boswall, analyste en sécurité qui suit les activités djihadistes pour la BBC. « Il y a probablement du vrai dans l'affirmation selon laquelle l'Africa Corps a réussi à rétablir le pouvoir dans ce cas précis. »
Un problème qui reste entier
Trois ans après le coup d'État de juillet 2023, mené par le général Abdourahamane Tiani au nom d'une sécurité alors jugée défaillante, l'insurrection n'est toujours pas maîtrisée. Des militants liés à Al-Qaïda et à l'État islamique continuent de frapper, notamment dans les régions de Tillabéri et de Dosso, parfois durement, au sein même des forces de sécurité.
Cette dernière mutinerie, estime Beverly Ochieng, révèle des griefs anciens au sein de l'armée nigérienne, aggravés par la pression qui pèse sur les soldats : « Les forces de lutte contre l'insurrection ne se sentent pas suffisamment soutenues par le gouvernement militaire. Des difficultés ont été rencontrées pour fournir du matériel et des ravitaillements. »
Le Niger fait donc face à une double menace : des groupes armés qui attaquent l'État, et des mécontentements grandissants au sein des forces censées les combattre. L'Africa Corps a peut-être contenu le second problème ce week-end. Le premier, lui, résiste depuis trois ans, et personne, selon les analystes cités par la BBC, ne s'attend à voir les forces russes quitter le Sahel de sitôt : le maintien au pouvoir de ces gouvernements militaires protège les intérêts que Moscou y a engagés.







