C'est un rapport de veille sur les menaces, publié le 11 septembre par Anthropic, qui a mis au jour l'affaire. L'entreprise californienne, qui développe le modèle d'intelligence artificielle Claude, explique avoir identifié et neutralisé une opération d'influence baptisée en interne GTG-54004, active sur les réseaux sociaux kényans à l'approche de la présidentielle de 2027.
Le mode opératoire décrit dans le rapport est presque artisanal dans sa simplicité, et c'est bien ce qui interpelle les spécialistes de la désinformation. Des comptes automatisés généraient des lots de cinquante tweets à la fois, rédigés pour ressembler à des réactions spontanées de citoyens plutôt qu'à une campagne coordonnée, et diffusés sous des mots-clics comme #PowerReliefKE.
Un ministre valorisé, deux figures de l'opposition visées
Selon Anthropic, l'opération cherchait à mettre en avant Opiyo Wandayi, secrétaire au Cabinet de l'Énergie, notamment autour de sa décision de geler une hausse tarifaire de l'électricité. Dans le même mouvement, elle ciblait négativement l'ancien président Uhuru Kenyatta et l'ancien vice-président Rigathi Gachagua, deux figures qui pèsent aujourd'hui dans la recomposition de l'opposition kényane avant le scrutin de 2027.
Anthropic n'a documenté aucune revendication ni aucune réaction officielle du gouvernement kényan à la publication du rapport. L'entreprise dit avoir banni les comptes identifiés et renforcé ses outils de détection comportementale pour repérer ce type d'usage détourné de ses modèles.
Une opération classée « impact minimal »
Point important, que les titres les plus alarmistes ont parfois occulté : Anthropic elle-même classe cette opération en catégorie 1, son échelle la plus basse, celle de l'impact minimal. Le rapport précise que la campagne est restée « complètement isolée » et n'a, à sa connaissance, influencé aucun utilisateur authentique au-delà du petit cercle de comptes automatisés qui s'auto-alimentaient.
L'affaire illustre malgré tout une évolution que redoutaient depuis longtemps les chercheurs en désinformation sur le continent : l'utilisation de l'intelligence artificielle générative pour produire, à moindre coût, des volumes de contenus politiques qui, en 2017 ou en 2022, auraient nécessité des dizaines de personnes rémunérées. Le Kenya, où les campagnes électorales se jouent aussi, depuis longtemps, sur les réseaux sociaux, sert ici de terrain d'observation précoce pour un phénomène appelé à se répéter ailleurs sur le continent à l'approche d'autres scrutins.
Reste une question que le rapport d'Anthropic ne tranche pas : qui, précisément, se cache derrière l'opération GTG-54004 ? Ni commanditaire ni agence de communication n'ont été formellement identifiés à ce stade, et rien n'indique que le ministre visé, ou son entourage, ait un lien quelconque avec la manœuvre.







